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Les dents de mon cheval vues par mon vétérinaire

Le petit mot d’introduction de « Nicole de Jamblinne »

« … Tout cavalier se soucie de la santé de son cheval, observe son état, la brillance de son poil, cure les sabots régulièrement, vérifie l’abreuvoir, la mangeoire, la qualité du foin, mais… avouez-le : vérifiez-vous avec autant d’attention l’état de ses dents ?
Mea culpa, j’avoue que je ne m’en inquiétais que lorsque je voyais des chicots de foin sur le sol ou quand le cheval faisait des défenses contre le mors, ou quand il maigrissait soudain…
Et pourtant, je vais chez le dentiste une fois par an, pour contrôler mes dents, je n’attends pas une douleur avant de prendre rendez-vous !
Alors, ce dossier vient à point pour nous en apprendre plus sur la dentisterie équine, son importance pour la santé comme pour le travail du cheval.
Une enrichissante lecture vous attend… »

 

1. Tout d’abord, un peu d’histoire !

A Hanovre à l’école vétérinaire (1805), le professeur Havemann préconise que toute dent fistuleuse doit être extraite et développe la technique du  epoussement pour chasser la dent incriminée. Autres pionniers en chirurgie dentaire ont été J.H.Friedrich Günther (1794-1858) et son fils Karl W. Günther (1822-1888). À eux deux, ils ont conçu de nombreux instruments qui portent
leurs noms : pas d’âne, davier, etc. Le professeur Frick de l’école vétérinaire de Hanovre puis Berlin créa son davier en 1889

Professeur Erwin Beker

Professeur Erwin Beker (1939)

Depuis plus d’un siècle, les vétérinaires s’intéressent aux dents des chevaux. Les vétérinaires de l’armée allemande ont systématisé les soins de la bouche des chevaux, qui représentaient la force motrice indispensable lors de la guerre 1914-1918. Ces vétérinaires ont pris conscience de l’importance des soins dentaires et ont développé techniques et matériels. Ils effectuaient des soins annuels qui permettaient de maintenir le poids idéal de leurs chevaux avec un kilo de nourriture par jour en moins. En 1952, le professeur Alfred Leuthold (Berne 1933-1971) consacre 15 pages sur les affections dentaires des animaux dans son « Spezielle Veterinär-Chirurgie ».

Dans les années 90, une nouvelle génération de vétérinaires tels que les professeurs Dixon, Schumacher et d’autres, a vu l’arrivée de nouveaux matériaux composites, de nouvelles techniques de diagnostics et d’imagerie, de nouveaux matériels permettant diagnostiques et de traitements. Cette génération de vétérinaires a alors développé les techniques de médecine dentaire avancée permettant la restauration dentaire comme les caries, les traitements des pulpes dentaires, les techniques d’extraction mini-invasive.
Depuis le début des années 2000, la profession vétérinaire s’organise en différents niveaux de formations : une formation continue de la part des praticiens diplômés, un niveau universitaire supérieur sanctionné par un examen et appelé certificat d’études supérieures CES en dentisterie équine et un Collège Européen en dentisterie. Seule façon pour les vétérinaires de revendiquer le titre de spécialiste dans une discipline (Spécialisation s’étendant sur quatre années d’étude supplémentaire au cursus initiale
de six ans). www.evdc.eu

2. Mon cheval a mal aux dents, vraiment ?

Médecine Dentaire Avancée et Dentisterie Ambulatoire

Si on regarde la pyramide alimentaire, le cheval est bel et bien une proie et non pas un prédateur. Par conséquent, tout son mode de fonctionnement s’en trouve affecté. De plus, le cheval est un animal grégaire. Partant de ces deux constats, on peut facilement comprendre qu’un cheval qui montre un signe de faiblesse ou une douleur se verra automatiquement exclus du groupe parce qu’il risque d’attirer les prédateurs vers celui-ci. Le cheval montre donc très peu de signes douloureux lorsque les dents sont affectées.

Cependant, plusieurs signes d’appels peuvent vous mettre la puce à l’oreille : mastication unilatérale, hypersalivation, boulettes de foin sur le sol, grains entiers dans les crottins, obstructions oesophagiennes récurrentes, coliques, défense à la monte, perte d’appétit, amaigrissement. La perte d’appétit est le dernier symptôme à apparaître en cas de problème dentaire parce que le cheval continuera à s’alimenter, même partiellement, et ce malgré la douleur existante.

Boulette d'amilent sur le sol

Boulette d’aliment sur le sol

Mâchoire supérieure plus large

Mâchoire supérieure plus large (en rouge les sites de lésions)

À ces signes viennent s’ajouter des changements de comportement comme de la prostration, de l’agressivité, de la défense en bouche qui peuvent être liés à des pathologies très douloureuses dans la bouche du cheval. Certaines particularités anatomiques du cheval comme celle d’avoir des dents à croissance continue durant les douze premières années de vie, celle de posséder une dentition lactéale suivie d’une dentition adulte ou encore celle d’avoir une mâchoire supérieure plus large que la mâchoire inférieure prédispose le cheval à l’apparition de certaines pathologies dentaires.

En connaissance de tous ces éléments, les propriétaires seront donc sensibilisés et particulièrement attentifs à ces manifestations chez leur cheval.

 

3. Vous avez dit les dents, rien que les dents ?

Certaines pathologies des dents et de leurs annexes peuvent avoir des répercussions importantes sur l’ensemble du cheval. Certains troubles dentaires provoquant des défauts de mastication peuvent entrainer des obstructions d’oesophage, des ulcères gastriques ou des coliques. D’autres entraineront des surcharges au niveau des articulations temporo-mandibulaires pouvant aussi avoir des conséquences sur la locomotion du cheval. « D’autres encore pourront entrainer l’irritation de structures voisines entrainant des phénomènes d’encensement ou headshaking« . Il est donc important de considérer les problèmes dentaires et de les intégrer dans l’ensemble des pathologies du cheval examiné tant leurs conséquences peuvent être variables.

Dentition d'un cheval en ciseau

Dentition en ciseau

Amaigrissement du cheval

Amaigrissement

Le travail du vétérinaire sera donc non seulement de poser un diagnostique des pathologies dentaires du cheval mais aussi de tenir compte de l’examen des différents systèmes (système digestif, système nerveux, système locomoteur, etc) du cheval lors de la visite.

4. Mal aux dents ?! Mais qu’est-ce qu’il a ?

Périodontite (inflammation de la gencive)

Périodontite (inflammation de la gencive)

cavité pulpaire

Ouverture d’une cavité pulpaire sur une dent inférieure 

On peut donc définir une fréquence d’examen annuel pour la majorité des chevaux. Ces examens pourront débuter dès le plus jeune âge car de nombreuses pathologies sont présentes tant chez le poulain que chez le jeune adulte que chez le vieux cheval. La pose d’acte invasif autre que celui d’émettre un diagnostique ne s’avère pas toujours nécessaire. Lors de cet examen, le vétérinaire mettra un soin tout particulier à déterminer les pathologies de la couronne clinique (partie de la dent visible dans la bouche du cheval), à définir les pathologies de la couronne de réserve et des racines, les pathologies des sinus, les pathologies des structures qui entourent la dent (gencive, muqueuse du palais, muqueuse de la joue), les pathologies de l’articulation temporo-mandibulaire.

Chacune de ces structures peuvent être le site de problèmes nécessitant des traitements spécifiques. La visite dentaire effectuée par votre vétérinaire ne se limitera donc pas à « un simple râpage des pointes d’émail sur les tables dentaires », s’en suivra donc une conversation avec le propriétaire du cheval afin de déterminer les actes thérapeutiques les plus en adéquation avec les pathologies déterminées.

5. Quels sont les moyens diagnostiques actuels ?

Quelques notions d’anatomie permettent de comprendre les techniques de diagnostiques dont disposent les vétérinaires à l’heure actuelle. La dernière molaire du cheval se trouve à 30 cm au fond de la bouche, les racines quant à elles se trouvent dans les sinus que l’on peut facilement comparer à des boites
juxtaposées qui communiquent entre elles et qui communiquent avec les cavités nasales.

Examen buccoscopique

Examen buccoscopique

Examen buccoscopique

Examen buccoscopique

Certaines pathologies sont très subtiles à diagnostiquer de par leur forme ou leur taille, parfois le diamètre d’une tête d’épingle ou l’épaisseur d’un cheveu. Par conséquent, l’examen de la bouche devra être un examen profond et sous sédation afin d’examiner de façon optimale l’ensemble de toutes ces régions. Votre vétérinaire veillera ainsi à respecter la législation encadrant le bien-être animal et la réglementation concernant les obligations sanitaires (cheval maintenu dans la chaine alimentaire).

Miroir Dentaire Vétérinaire

Miroir

Radiographie des dents du cheval

Radiographie des dents

L’inspection de la cavité buccale consistera en un examen minutieux des dents, face par face, à l’aide d’instruments permettant la palpation des diverses structures et la visualisation des couronnes cliniques dedans. À l’aide d’un miroir ou d’un buccoscope (caméra permettant un examen précis de la bouche), le vétérinaire dressera la liste de l’ensemble des pathologies présentes sur les couronnes cliniques (partie visible de la dent dans la bouche). L’examen radiologique permettra de vérifier l’intégrité des couronnes de réserve et des racines dentaires ainsi que des sinus. Si cet examen est facile à mettre en oeuvre sur le terrain, il montre très vite ses limites quant au diagnostique de certaines pathologies. L’examen échographique quant à lui sera un examen de choix pour investiguer l’articulation temporo-mandibulaire et son ménisque.

Etant donné les limites des techniques exposées précédemment, l’examen de choix pour le diagnostique de pathologies plus compliquées est maintenant le scanner ou le CT-scan. Cependant, celui-ci n’est réalisable qu’en clinique sur cheval couché en Belgique ou debout dans certains autres pays d’Europe. Même si cet examen coûte plus ou moins 600 euros, il s’est démocratisé dans les dernières années.

L’ensemble de ces techniques mises à la disposition des vétérinaires vont donc permettre de diagnostiquer des pathologies impliquant la pulpe de la dent (partie très sensible de la dent), des déficits d’émail ou de cément (caries), des fractures d’émail passant par des chambres pulpaires, de la périodontite (très douloureuse pour le cheval), des tumeurs sinusales impliquant ou non des racines dentaires, des kystes sinusaux pouvant entraîner des déformations de la face.

Scanner (CT-SCAN)

6. Dentisterie ambulatoire et médecine dentaire avancée

Si ces huit dernières années les moyens de diagnostics ont évolué, il en est de même pour les techniques et le matériel permettant d’effectuer les traitements. Il faut distinguer les traitements réalisables sur le terrain. C’est le cas du traitement des diastèmes, des poches périodontales, du traitement odontoplastique (remodelage des dents), des extractions mineures. C’est la partie de la dentisterie que l’on peut qualifier d’ambulatoire.

Dévitalisation

ulpectomie (dévitalisation) sur une molaire

Diastème

Traitement de Diastème (espace entre les dents)

D’autres techniques par contre nécessitent plus de matériels et d’infrastructures appropriées car elles touchent des techniques de traitements plus élaborés (traitement des pulpes dentaires, des caries, chirurgie des sinus ou extraction plus lourde). C’est la partie de la dentisterie que l’on appelle médecine dentaire avancée et qui sera réalisée dans une clinique ou dans une infrastructure appropriée. La plupart de ces traitements s’effectuent sur cheval debout et sédaté. Seuls les traitements chirurgicaux de type réparation de fracture, traitement orthodontique chez le poulain ou extraction par buccotomie s’effectuent sur cheval couché.

7. Et en pratique, ça se passe comment ?

La durée d’un examen dentaire complet varie entre 20 et 35 minutes. Ensuite, la majorité des traitements sur le terrain prennent entre 10 et 50 minutes. Concrètement, après avoir réalisé un examen général de votre cheval afin d’établir l’absence d’autres pathologies que des pathologies dentaires, le vétérinaire sédatera le cheval afin de lui placer l’ouvre-bouche et déposera la tête du cheval ainsi équipé sur un support adéquat. Il est important d’avoir des conditions d’examens suffisamment confortables que pour optimaliser le diagnostic des différentes pathologies.

dentisterie-veterinaire
Instruments de palpation
Ouvre bouche

8. Message à retenir

Votre cheval ne nécessite pas nécessairement une intervention annuelle mais un examen complet de la cavité buccale une fois par an permet de détecter de façon précoce des pathologies qui, une fois traitées, ne s’aggraveront pas et permettront de conserver une bouche avec un fonctionnement optimal durant toute la vie du cheval. Aujourd’hui avec les techniques de médecine dentaire avancée et les techniques d’extraction minimalement invasive, le taux d’extraction des dents du cheval a diminué de 35 %. Un tel taux peut être atteint parce qu’il est enfin accepté par le monde scientifique et, depuis un certain temps, par une partie des propriétaires qu’un râpage annuel n’est pas nécessaire et même contre-productif. Les dents du cheval poussent à une vitesse de 2 à 3 mm par an et l’usure prématurée par des « râpages excessifs ou trop fréquents » diminue la longévité de la dent.

Un contrôle annuel avec la pose d’un diagnostic scientifique précis et un traitement en cas de besoin et adapté en fonction des pathologies sont les deux piliers d’une bonne gestion de la bouche de votre cheval. « Enfin, ne perdez pas de vue que l’examen de la bouche reste un acte médical encadré par une série de législations telles que la loi de 1991 définissant l’acte de dentisterie comme un acte vétérinaire et la loi sur le bien-être animal. Cette législation impose dans la majorité des cas une sédation tant pour le respect de la loi que pour la pratique d’un examen de qualité. Certaines pathologies sont parfois difficilement détectables et uniquement sur cheval sédaté. Ceci vous engage vis-à-vis de la législation sur la sécurité de la chaîne alimentaire et la bonne utilisation de médicaments administrables uniquement par un vétérinaire. »

Fabrice Bodeüs
Dr.Med.Vet. (Ulg) Vice Président de la Section
Equine de l’UPV
Cert.Vet.Eq.Dentistry. (Ulg)
Union Professionnelle Vétérinaire
Frères Grislein, 11
B-1400 Nivelles
Tel : 067/212111
Fax : 067/212114
upv@upv.be
www.upv.be

Dentiste pour chevaux

Faites vérifiez la dentition de votre cheval avant l’apparition de problème graves

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